Il ne s’agit pas du Sud chanté par Nino Ferrer. Ni de celui dont chacun rêve à l’approche de l’été ou dans le froid de l’hiver qui ne finit pas.
Non, Sepulveda est parti sur la route, avec son « socio », l’ami photographe Daniel Mordzinski, « deux voyageurs qui voulaient raconter comment étaient les gens de Patagonie », en Terre de feu, tout au sud de l’hémisphère sud.Ils font un portrait d’un monde en voie d’engloutissement, ils vont au devant des gens, les écoutent, leur demandent la permission de les photographier.
Il y a des rencontres superbes, qu’on n’oublie pas, qu’on voudrait avoir faites, qu’on a un peu faites par la grâce de Sepulveda, le conteur chaleureux et généreux.
Il y a ce petit homme improbable qui marche, marche, on se demande vers quel but il est tendu, jusqu’au moment où il a trouvé : le bois dont il fera son prochain violon, car l’homme est luthier.
La vieille dame de 95 ans, qui a le don de faire jaillir les fleurs d’un rameau sans vie, au cœur du désert de pierres enseveli les trois quarts de l’année sous la neige que fouette le vent glacial : «… et j’ai remarqué sur leurs grosses tiges des sillons semblables à ceux du visage de la vieille dame. Ces rosiers parlaient de longs et durs hivers endurés et il n’y avait aucune rancœur dans leurs fleurs épanouies ». Et cette dame vivait dans un monde que des puissants par leur pouvoir d’achat, voulaient s’approprier – les frères Benetton, S. Stallone – mais voilà, « c’est ainsi que Rambo, l’invicible guerrier capable d’étriper des milliers de Viêtnamiens, d’abattre en Afghanistan des hélicoptères russes à coups de pierre en luttant aux côtés des talibans, a été vaincu par une petite vieille presque centenaire ayant pour seule arme l’amour de la terre. C’est le genre de choses qui arrivent, là-bas, en Patagonie. Et ça c’est vraiment une histoire qui finit bien».
Et celle-là, fière, au « visage couvert de territoires qui avaient peut-être abrité toutes les amours et toutes les haines… », descendante de Martin Sheffields, le shérif parti pour arrêter Butch Cassidy mais qui y renonça…
Et les gauchos qui attrapent au lasso les génisses qu’il faut tatouer (superbe photo !) ou les vestiges d’une salle de cinéma du bout du monde. Ou El Duende, le lutin d’El Bolson, qui perdit ses pouvoirs pour avoir aimé une belle jeune fille…
Et tous les autres!…
J’achète peu de livres désormais, car il faut de la place, pour les ranger. Mais celui-ci, avec sa bonne odeur de papier est là, sur une étagère, à moi, à portée de main, pour le feuilleter, rêver avec les photos de Mordzinski – le Patagonia express, les visages-paysages de ces témoins de l’existence qui fut, dans le Sud du monde – avec les mots de Sepulveda.
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Source de l'article: http://blogs.lexpress.fr/
Dernières nouvelles du Sud. Luis Sepúlveda et Daniel Mordzinski.
Traduit de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg.
Métailié, 190 pages.